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Histoire des Religions et Phases astronomiques | |
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L'Histoire de l'astrologie peut-elle profiter des recherches sur la longue durée ? Braudel pensait qu'une telle approche était susceptible de faire ressortir des récurrences, ce qui permettait, en quelque sorte, de faire parler l'Histoire. Une autre question qui interpelle l'historien de l'astrologie tient à la possibilité de rectifier les textes, de montrer qu'ils sont corrompus au regard d'une tradition astrologique somme toute assez bien structurée, tout comme en référence aux données astronomiques assez bien repérables.[1] Une certaine façon de lire le ciel des astronomes n'est pas inhérente au Tétrabible de Ptolémée [2] , même si le niveau de connaissance scientifique n'est pas en cause. Il s'agit surtout d'un certain traitement de la matière astronomique au profit de l'astrologie ; autrement dit, certaines avancées de la pensée astrologique ne sont pas directement liées au niveau de la connaissance astronomique d'une époque. C'est ainsi que Ptolémée connaît certes les révolutions de Saturne, de Jupiter, mais il ne songe pas à les combiner au sein de cycles qui peuvent couvrir plusieurs centaines d'années, limitant ainsi d'autant les possibilités de l'astrologie à couvrir de longues périodes historiques. Il traite certes longuement des aspects des planètes entre elles mais il ne parvient pas à une combinatoire sur le long terme. Or, les astrologues indiens font état de yugas, d'âges qui découpent les étapes de l'Humanité.[3]
La thèse que nous ne ferons qu'esquisser dans cette étude peut se résumer
ainsi : à deux reprises, au Moyen Age et au XVIIIè siècle, l'astrologie
ptoléméenne a subi le choc d'une approche cyclique et - fut-ce coïncidence
? - à plusieurs siècles d'intervalle, cela se produisit au lendemain de
contacts avec l'Inde, de la part des musulmans, dans le premier cas, des
anglais dans le second. Il y aurait en quelque sorte une certaine
philosophie indienne de l'astrologie, caractérisée par une recherche des
grands cycles, qui aurait ainsi marqué à des moments cruciaux le cours de
l'astrologie européenne. L'accent mis sur l'histoire des religions [4] , dans
les deux cas de figure considérés, et qui contribue à les relativiser, à
les historiciser, les unes par rapport aux autres, nous semble également
assez typique de la marque d'un certain syncrétisme du panthéon
hindou. 1. L'influence sur l'astrologie Arabe (IXè siècle) Les contacts entre le monde arabe médiéval et l'Inde - du fait la conquête musulmane - sont bien connus, notamment avec le personnage d'Albiruni, auteur, en langue arabe, d'un voyage en Inde qui comporte des développements sur l'astrologie hindoue.[5] Il est probable que la nécessité de disposer d'unités de temps dépassant largement celui des cycles planétaires, s'imposa peu à peu à certains astrologues arabes, sans cependant devoir renoncer aux fondements astronomiques les plus orthodoxes. C'est ainsi que vont se répandre, avec une fortune durable, diverses mesures de temps astrologique, couvrant plusieurs siècles et dépassant ainsi largement les durées de révolutions des planètes les plus lentes connues à l'époque, à savoir Jupiter (12 ans) et Saturne (29 ans). Si l'on avait connu alors les trans-saturniennes, l'on aurait peut-être élaboré un autre modèle, comme ce sera le cas au XIXè et surtout au XXè siècle. On ne reviendra pas sur le détail de ce système, articulé autour des axes équinoxiaux et solsticiaux et organisé ingénieusement selon la répartition des douze signes zodiacaux entre les quatre éléments, représentés par quatre triangles. De fait, le Moyen Age et la Renaissance ont été marqués par un certain consensus autour d'une telle conception cosmique du temps historique, rythmée par les conjonctions de Jupiter et de Saturne. En fait, on montrera que Saturne semble avoir été, plus encore que Jupiter, réellement l'astre placé au coeur d'un tel système qui est d'abord formulé par des astrologues arabes et juifs. Saturne est en effet omniprésent dans les différents systèmes utilisés en astrologie mondiale médiévale. Cette importance accordée aux équinoxes et aux solstices pourra surprendre au premier abord : ne distingue-t-on pas volontiers l'astrologie indienne en raison de son détachement par rapport à un tel découpage ? Mais est-ce à dire que le cycle des saisons lui était étranger ? Le Bélier n'est-il pas resté le premier signe du zodiaque indien ? Et, de toute façon, les mêmes symboles peuvent renvoyer à des pratiques différentes. Nous aborderons un certain nombre de textes arabes relatifs à la culture indienne parus dans les décennies qui précèdèrent la formulation d'Abu Mashar de Balkh, dit Albumasar.[6] Dans le De magnis coniunctionibus, Albumasar se contenta de signaler des corrélations avec des événements déjà passés, tandis que Pierre d'Ailly en prolonge l'étude et confère à 1789 une dimension antéchristique qu'elle n'avait pas initialement. Pour l'astrologue de Balkh, le passage de Saturne dans les signes cardinaux, selon un cycle de 300 ans que nous préciserons, correspond aux grands tournants religieux : sans donner de date, Albumasar signale Alexandre le Grand, Jésus Christ, Manès ou Mani (manichéisme) et bien entendu Mahomet, ce qui correspond effectivement à des dates espacées en gros de trois siècles.[7] Pierre d'Ailly traduit en chiffres mais cette fois il ne risque guère de se tromper car il se contente de fait d'enchaîner des périodes de 300 ans, à savoir -11 (avant J.C.), 289, 589, 1189, 1489, et 1789 qui correspondent respectivement, de façon approximative, à l'entrée ou à l'approche de Saturne dans un signe cardinal. A peu de chose près, le début de la série coïnciderait avec le début de l'ère chrétienne.[8] -11: Saturne en
Capricorne Et Pierre
d'Ailly de poursuivre pour l'avenir: Pierre d'Ailly traite également (chap. 53 et 55 de la Concordantia cum historica narratione) de la date de 889 qui se situerait entre 589 et 1189. Il fait allusion aux invasions normandes à propos du IXè siècle. Mais à cette date, Saturne ne passe pas dans un signe cardinal ni même ne s'en approche, il est dans le signe du Lion. C'est qu'en effet, le système élaboré ou en tout cas transmis par Albumasar comporte en quelque sorte une faille sinon historique ou numérologique du moins astronomique que celui-ci a d'ailleurs dû remarquer puisque cette anomalie se produisit de son temps. Il semble bien que le calcul des révolutions du seul Saturne comportait moins de difficultés que celui de la combinaison des mouvements de deux planètes. On pourrait poursuivre la série. 2089: Saturne en Gémeaux, en Cancer en 2091, ce qui correspond puisque le Cancer (solstice d'Eté) est situé à 90° (en quadrature) du Bélier (équinoxe de printemps). Ou à l'autre bout de la chaîne, si l'on remonte avant -11 (289 + 11 = 300), on trouve -341: Saturne en Vierge, en Balance (équinoxe d'automne) l'année précédente, en -342, ce qui correspond puisque 300 ans plus tard, Saturne passera à 90° de distance, en Capricorne (solstice d'Hiver). Or, cela recoupe les données d'Albumasar ; nous sommes bien au temps d'Alexandre le Grand (356-323), tout comme 289 après J.C. correspond à peu près à celui de Manès, mort en 273, et la date de 589 recoupe la vie du Prophète, l'hégire commençant en 622. Mais Albumasar, dans son De magnis coniunctionibus, n'a apparemment pas souhaité pointer d'année précise.
Entre Albumasar et Pierre d'Ailly, il y a un chaînon manquant et en tout
état de cause d'Ailly reprend en grande partie l'exposé de Roger Bacon. On
ne peut exclure que le cardinal de lui-même ait déterminé les dates
précises. En effet, dans le De magnis conjunctionibus aucune date
en "89" ne figure, pas même 589 et a fortiori pas davantage 1789. Il est
simplement indiqué le principe général : les étapes se suivent à des
intervalles déterminés (et non pas seulement correspondant) par le passage
de Saturne sur les signes "mobiles". Il était certes aisé d'en conclure à
l'examen de la série de dates figurant chez d'Ailly ; encore le recours à
des années se terminant toutes par 89 n'avait-il pas été systématisé par
Albumasar, d'autant que la révolution de Saturne est sensiblement
inférieure à 30 années. Pierre d'Ailly ou celui auquel il emprunte marie
les exigences astronomiques et numériques. Quant à Jung, à la différence
de Pierre d'Ailly qui ne précise pas la série avant 589, même si cela va
de soi, il prend la peine de remonter à 289 et à -11 avant J.C. Dès lors,
le système évoqué par Albumasar est enfin complètement
formalisé. Saturne dans le système trithémien Si Saturne est présent de façon explicite dans les systèmes décrits jusqu'ici, nous allons mettre en évidence sa présence là où elle n'avait pas encore été signalée, à notre connaissance, à ce jour. Dans sa Préface à César (Prophéties, 1555), Nostradamus se réfère à des périodes de 354 ans attribuées successivement à l'un des astres du septénaire. Or, on trouve ce système chez Trithème mais il est signalé par la suite chez un Turrel ou un Roussat, au Liber rationibus attribué à Abraham Ibn Ezra [9] à savoir des périodes non plus de 300 ans comme chez Albumasar mais de 354 ans.[10] Dans la Préface à César, Nostradamus ne fait qu'évoquer partiellement le dispositif en question. Ces périodes de 354 ans semblent ne comporter aucun fondement astronomique sinon celui d'être une transposition de l'année lunaire (354 jours), de jours en années. En réalité - ce qui est sensiblement plus intéressant - on observe que cette durée revêt également une dimension saturnienne dans la mesure où 354 ans correspondent à douze révolutions de Saturne, Saturne ayant une périodicité correspondant à ce rapport un jour pour un an : une révolution de 28 ans pour 28 jours à la Lune notamment. On ne peut exclure que ce système de périodes de 354 ans - l'attribution à chaque période du nom d'une des sept planètes étant indifférent ici puisque le système se poursuit indéfiniment - ait été constitué initialement sur une base astronomique, encore faudrait il déterminer laquelle.[11] Or, comme le rappelle P. Brind'amour [12] , à propos de Trithème, dans la Chronologia mystica (1508), traduite en allemand en 1522 (Von den syben Planeten) juste avant l'échéance de 1525 [13] : "L'auteur comptait vingt périodes, chacune dirigée par un ange et décrivait les événements historiques. (...) La vingtième sous la direction de Gabriel allait commencer selon lui le 4 juin 1525 et se terminer en octobre, novembre 1879." [14] Or, Brind'amour ne remarque pas, malgré son vif intérêt pour les équations astronomiques, que dans les deux cas Saturne se trouve au début du signe du Bélier.[15] Le système des périodes de 354 ans s'appuierait donc en fait sur le passage de Saturne dans le premier signe du zodiaque, le Bélier.[16] Il ne s'agirait point d'une simple transposition de l'année lunaire comme on le croit généralement. L'on peut ainsi retrouver approximativement les dates précédant 1525 : 112 (en fait début 113), 466, 819/820, 1172/1173, 1525/1526 toutes espacées d'environ 354 ans et correspondant à la présence de Saturne en Bélier, condition nécessaire mais non suffisante puisque Saturne y passe tous les 30 ans environ. Ces années diffèrent toutefois légèrement de celles avancées dans le Traité des Causes Secondes, 109, 463, 817, 1171, 1525 [17] , lesquelles ne correspondent pas tout à fait avec le passage de Saturne en Bélier - le cycle étant légèrement supérieur à 354 ans. Quant à Michel de Nostredame, dans sa Préface à César, on l'a dit, il fait référence à des âges planétaires, notamment à un Age de la Lune, système que l'on trouve chez Trithème [18] : Jeudi, Mercredi, Mardi, Lundi et Dimanche [19] , et qui est exposé dans les Opera Omnia d'Abraham Ibn Ezra, traduites en latin par Abano.[20] Chaque planète y domine une période de 354 ans et quelques mois, le nombre 354 étant inspiré de l'année lunaire de 354 jours et quelques heures. L'absence de fondement alors connu de ce cycle explique probablement son abandon dans la période moderne au sein de la littérature astrologique (XIXè-XXè siècles) sauf chez certains nostradamistes. Dans le Liber Rationum, dans la version qui est attribuée par erreur à Abraham Ibn Ezra [21] , au chapitre "De gubernatoribus Mundi" (Opera Omnia, Venise, 1507, chez Peter Liechtenstein), est établi un rapport entre les 353 ans du cycle et les 353 jours de l'année lunaire. De fait, les spéculations nostradamiques ne semblent pas relever de la démarche alliacienne : Nostradamus semble s'appuyer sur une théorie des âges planétaires qui se retrouve dans les textes astrologiques juifs comme ceux attribués à Abraham Ibn Ezra, mais là encore probablement à tort car le Liber Rationum qui comporte cette théorie reprise par Trithème est confondu, on l'a dit, avec un autre ouvrage du même nom dont nous avons réalisé la traduction.[22] La Préface à César se réfère au retour de Saturne: "Car selon les signes célestes le règne de Saturne sera de retour, que le tout calculé le monde s'approche d'une anaragonique révolution." En effet, Saturne est à la tête de la série des sept âges planétaires : "Saturnus autem precessit sol & luna fuerunt creati in principio hore Saturni." (De gubernatoribus mundi, Liber Rationum, éd. 1485), ce qui, considérant que le règne de la lune aurait commencé, selon les calculs de Trithème [23] en 1525, et qu'il reste encore le règne du Soleil pour rejoindre l'âge de Saturne, donne l'an 2233, ce qui n'a rien d'étonnant quand on voit dans la même Préface traiter de l'an 3797 : "Et maintenant que sommes conduicts par la lune (...) que avant qu'elle aye parachevé son total circuit, le soleil viendra & puis Saturne." De même que le retour de la conjonction Jupiter-Saturne en Bélier constitue une "révolution" complète du cycle, de même le retour à l'âge de Saturne - sans rapport avec les révolutions saturniennes chères à Albumasar et à Pierre d'Ailly [24] - implique une "révolution anaragonique" se produisant toutes les sept fois 354 ans, soit tous les 2478 ans. Si 354 ans correspondent à 12 révolutions de Saturne, il s'agirait là de 84 retours de Saturne au Bélier.
L'ordre de base est celui-ci : Saturne - Vénus : "Saturnus precessit...
Deinde Venus & postea alii", c'est-à-dire selon la succession
"Saturne, Vénus, Jupiter, Mercure, Mars, Lune, Soleil", puis à nouveau
Saturne. C'est l'ordre des jours de la semaine à l'envers, que l'on
retrouve avec la théorie des heures planétaires. D'ailleurs, dans le
Liber Rationum, on explique la prééminence de Saturne par le fait
que le Soleil et la Lune furent créés à l'heure de
Saturne. Une forte empreinte saturnienne Ainsi, la rencontre des littératures prophétique et astrologique semble s'avérer féconde. En effet, le cycle de 354 ans, tout comme celui de 300 ans, à la différence du cycle des grandes conjonctions, ne font pas partie, stricto sensu, du corpus astrologique. Nous les avons réintégrés, établissant ainsi une astrologie "saturnienne" organisée autour de Kronos, planète la plus éloignée du système solaire et donc disposant de la périodicité la plus longue. La découverte d'Uranus en 1781, puis de Neptune en 1846, allait rendre caduc, aux yeux des astrologues "modernes", l'ensemble du dispositif au sein duquel Saturne occupait donc une triple place : - 1 : en conjonction avec la
planète la plus lente après lui, Jupiter. La date de 1525 La difficulté de manier ces cycles tient à la fixation des dates de passage d'une domination planétaire vers une autre, étant entendu que le système s'appuie sur un point de départ lié à la chronologie biblique. Le XVIè siècle sera marqué par une "rénovation de siècle" qui ne se produit donc que tous les 354 ans. On serait alors passé de Mars à la Lune. Si l'on s'appuie sur le témoignage d'un des contradicteurs de Nostradamus, Laurent Videl, le cycle de Mars se serait achevé en 1525. En effet, écrivant en 1557, il affirme que voilà 32 ans que Mars a fini son cycle.[26] Nostradamus avance, dans la Préface, un délai de 177 ans qui sont évidemment la moitié d'un cycle de 354 ans, ce qui montre que les computations de Nostradamus sont reliées à cette théorie. Mais pour que l'on puisse manier un tel nombre - 177 - il importe que la date de départ coïncide avec le dit cycle. Il ne peut s'agir, selon nous, que de l'année de changement de cycle ou de celle d'une moitié de cycle. Or, la date la plus proche pour disposer de cette situation est celle de la fin du cycle de Mars et non d'une autre année quelque peu postérieure mais qui ne serait pas pertinente dans cette perspective, comme 1555. Si nous prenons la date de Videl comme base de travail, soit 1525, [27] et que nous ajoutons 177, nous obtenons justement l'année 1702 : "le monde s'approche d'une anaragonique révolution & que de présent que ceci j'écris avant cent & septante ans trois mois, onze jours..." (Préface à César). C'est en 1702 que l'anaragonique révolution aurait lieu selon Nostradamus, date qui coïncide par ailleurs avec une grande conjonction de Jupiter et de Saturne en Bélier.[28] Nous avons montré que chaque nouvelle période correspondait au passage de Saturne au Bélier.[29] En 1702, Saturne se trouvera également en Bélier, ayant parcouru, à mi-parcours, six de ses douze révolutions. On comprend mieux dès lors une telle précision au niveau des mois qui n'aurait pas de sens s'il s'agissait d'une simple base numérique.
Mais à l'évidence, Nostradamus n'a pas rédigé un tel texte en 1525, et il
semble l'avoir recopié sans chercher à l'actualiser à l'instar de ce que
fit un Roussat par rapport à Turrel. Celui qui rédigeait ce texte devait
se situer en Janvier 1525, et visant 1702, notant que Saturne entrait au
Bélier au Printemps, il a pu ainsi préciser son propos. L'emprunt de
Nostradamus est donc particulièrement maladroit. 2. La théorie des Ères Le XVIIIè siècle a certes rejeté une astrologie opérative mais cela ne l'a pas empêché de réfléchir sur l'Histoire du Zodiaque et sur l'impact de l'astrologie sur les civilisations. La théorie des ères précessionnelles [30] peut être considérée comme le fruit de ces réflexions sauf qu'elle les inverse puisque c'est désormais le zodiaque qui apparaît comme une clef de l'histoire des civilisations. Au vrai, le principe de la précession des équinoxes fut d'abord un argument anti-astrologique, dont Voltaire notamment se saisit. Puis, peu à peu, cette référence à un décalage progressif devint la base d'un nouveau modèle pour l'histoire des religions. Rappelons que la théorie des grandes conjonctions comme celle des dix révolutions de Saturne s'articulait déjà sur l'évolution des "cultes" ! Signalons les discours d'un Liberati, d'un F. de Courcelles, partisans d'inscrire l'Histoire du Monde dans le zodiaque, selon une progression beaucoup plus lente que ne l'impliquaient les partisans des chronologies bibliques et des Grandes Conjonctions. Il y a changement d'échelle.[31] Mais une telle théorie se veut simplement en mesure de contribuer à l'Histoire des Religions par la mise en évidence d'un certain mouvement zodiacal.[32] Elle ne prétend nullement que l'Homme fasse autre chose que de bâtir ses croyances à partir d'un certain nombre de critères.
Au demeurant, certains auteurs français - historiens des religions et non
astrologues - semblent avoir joué un rôle de pionniers dans l'élaboration
première de ces modèles ; il est généralement question de Charles François
Dupuis (1742-1809) [33] , l'auteur de
L'Origine de tous les Cultes [34] , mais un autre auteur,
beaucoup moins célèbre, paraît avoir joué un rôle déterminant : François
Stanislas Delaulnaye, mort sur l'échafaud en 1794 et laissant son oeuvre
inachevée, laquelle prévoyait notamment un Traité d'Astrologie. En 1805,
Dulaure lui consacrera des pages originales.[35] Mais vers 1814, un
Alexandre Lenoir rappellera sa dette à son égard.[36] Précession et Révolution Française En 1790, paraît La Grande Période ou le retour de l'âge d'or par M. D*** (Paris, BNF, R 11877). Ce texte d'un certain Delormel traite, dans son chapitre XI, de "la religion des peuples dans les différentes époques de la nature". Il annonce les spéculations astronomiques liées aux religions qui marqueront les années quatre vingt dix. Une nouvelle édition sera donnée en 1797 avec pour sous titre "Les causes et les époques des révolutions du monde physique et moral ou la Grande Période, ouvrage où l'on démontre par une suite de preuves claires et faciles à saisir que le globe dégagé des eaux annonce le retour du Printemps etc " [37] Le problème de la "précession des équinoxes" fut longtemps considéré comme le talon d'Achille des astrologues. Ne mettait-on pas [38] de cette façon en évidence le caractère factice de l'astrologie qui se serait mise en place sur des sables mouvants ? Les constellations sur lesquelles les astrologues s'appuyaient subissaient un mouvement qui rendait caduc le calendrier astrologique. On trouve dès la fin du XVè siècle des considérations sur la précession dans le Kalendrier et Compost des Bergiers : "Les Bergiers connaissent une variation subtile au Ciel, c'est que les étoiles fixes ne sont pas sous les mêmes degrés des signes du zodiaque où ils étaient quand ils furent créés à cause du mouvement du firmament où elles sortent contre le premier mobile en cent ans d'un degré parce que le Soleil peut avoir un autre regard à une autre étoile et autre signification qu'il n'avait dans le temps passé parce que l'étoile a changé le degré du signe sur qui elle était a ceci fait souvent faillir ceux qui pronostiquent & font jugements futurs" [39]
Le XVIIIè siècle se passionnera pour l'histoire du Zodiaque - on pense à
l'abbé Pluche - et note l'importance accordée aux équinoxes et aux
solstices qui marquent les principales fêtes religieuses (Pâque à
l'équinoxe de Printemps, Noël et la Nativité au Solstice d'Hiver...). Il
essaie d'expliquer comment ce vénérable ensemble de "signes" s'est mis en
place, les traités d'astronomie comportant souvent un chapitre consacré à
l'origine des constellations et des "fables" (dans le sens de légendes)
qui les accompagnent. Un argument retourné Par quel moyen les astrologues parviendront-ils à récupérer l'argument anti-astrologique en leur faveur pour en faire un mythe qui fera fureur au XXè siècle : l'Ere du Verseau ? Il en sera de même d'ailleurs des nouvelles planètes qui deviendront le fondement de l'astrologie moderne.[40] Les historiens des religions [41] de la fin du XVIIIe siècle auront à terme favorisé sans le vouloir l'essor de l'astrologie moderne, tout comme les astronomes en continuant à nommer les astres nouvellement découverts selon la mythologie. L'argument anti-astrologique de la précession deviendra en effet un des fondements de l'astrologie moderne dès lors que l'astrologie prétend se servir tant du zodiaque tropique (celui des signes) que du zodiaque "sidéral" (celui des constellations). Il n'est pas aisé de déterminer quel auteur français fut à l'initiative de cette théorie d'autant que l'Abbé Leblond collabora tant avec Dupuis qu'avec De l'Aulnaye, et que Volney passa pour un élève de Dupuis.[42] Mais Volney fut plus traduit que les autres [43] et donc rayonna davantage à l'étranger. Destutt de Tracy résume ainsi la pensée de Dupuis [44] : "Il a remarqué (...) que par l'effet de la précession des équinoxes, qui est environ 50" de degrés par an, chacune de ces constellations (zodiacales) dans l'espace de 25.773 ans occupé successivement tous les points de l'écliptique, en sorte que tel emblême qui n'a aucun sens dans une époque de cette période en a beaucoup dans celles qui lui convient." L'idée consiste donc à privilégier le Zodiaque et donc les étoiles dites fixes sur les planètes (errantes), introduisant ainsi une échelle de durée différente.[45] Selon ce système, les religions auraient évolué en tenant compte du changement du point vernal. On entend par là le point traversé par le Soleil au premier jour du Printemps, dans l'hémisphère Nord. Au début, la constellation du Taureau occupait cet espace, ce qui donna lieu à une religion marquée par ce symbole puis - on avance à l'envers du Zodiaque d'où le nom de précession par opposition à succession - l'on passe à la constellation du Bélier, lequel va supplanter le Taureau. Chaque Ère couvre un peu plus de 2000 ans. L'Ère Chrétienne coïncide, à son tour, avec la constellation des Poissons. Toute la question est de savoir s'il y a une influence du cosmos sur quelque inconscient collectif, ou plus simplement si les hommes ont voulu que leur religion suive le cours des évolutions célestes. Bien que né en France, sous la Révolution, un tel système n'y prit guère racine dans l'immédiat et il se développera, du moins jusqu'à la Première Guerre Mondiale, essentiellement en Allemagne et dans les pays anglo-saxons et c'est par le biais des traductions qu'il s'acclimatera en France.[46]
Parmi ceux qui diffusèrent les thèses de Dupuis sur la correspondance
entre constellations "vernales" et religions, citons J. A. Dulaure en 1805
: "Depuis plus de deux siècles, le Soleil arrive à l'équinoxe du printemps
dans le signe des Poissons. Avant cette époque et pendant 2151 ans, cet
équinoxe fut dans le signe du Bélier." Mais l'auteur remonte plus haut
encore que l'Ère du Taureau à laquelle il préfère, comme point de départ,
celle des Gémeaux : "Avant d'entamer le signe du Taureau, l'équinoxe
printanier arrivait dans le signe des Gémeaux. C'est lorsque cet équinoxe
était sur ce dernier signe, c'est à dire plus de 6500 ans avant le
commenceement du XVIIIè siècle qu'il faut placer la première institution
du Zodiaque, l'origine des almanachs et la religion du sabéïsme (...)
Ainsi, je pense que la division du zodiaque marquée par les Gémeaux doit
être le point invariable d'où l'on doit partir pour expliquer tout le
système zodiacal ainsi que les changements évidents qu'il a
subis." Les dates des changements d'Ères Le premier du groupe à avoir publié une chronologie précessionnelle fut Volney, qui, dans les Notes des Ruines (1791), considérait que "l'équinoxe du printemps coïncida avec le premier degré du bélier 2504 ans avant J.C. et avec le premier degré du taureau 4619 ans avant J.C." A la différence de Volney, les influences de Dupuis, plus encore celle de Delaulnaye furent relativement limitées à l'étranger si l'on en croit l'absence de traductions, encore qu'à cette époque la langue française était le propre d'une certaine élite européenne, comme en témoigne le Discours de Rivarol. Les Ruines de Volney furent en effet traduites assez vite dans de nombreuses langues, notamment en anglais, en allemand et en espagnol, et contribuèrent à diffuser les thèses de l'École Française des années 90 du XVIIIè siècle. C'est ainsi que dès 1795 paraissaient à Londres, sous la plume de Joseph Priestley, The Ruins or a survey of the Revolutions of Empires, "by M. Volney, one of the Deputies to the National Assembly of 1789".[47] A la page 360, l'on pouvait lire un exposé, se référant à 1790, de la chronologie équinoxiale qui alimentera par la suite le débat sur l'âge du Zodiaque de Dendérah. "L'équinoxe coïncida - explique Volney dans une note - avec le premier degré Bélier 2504 ans avant J.C. et avec le premier degré du Taureau 4619 ans avant J.C. Or - poursuit-il - le culte du Taureau est le principal facteur dans la croyance des Egyptiens, des Persans, des Japonais, etc." Volney n'hésitait pas à mettre en cause la chronologie biblique. Autour des traductions des Ruines se greffèrent d'autres travaux d'auteurs étrangers. Or, ce sont exactement les mêmes données que l'on retrouve en 1791 chez Delaulnaye (p.73), ce qui aboutissait à placer le début des Poissons en 389 avant J.C. et celui du Verseau en 1726, soit pour chaque ère une durée de 2115 ans.
Dupuis semble avoir publié avec quelque retard - puisque initialement il
devait paraître en 1792 - son Origine de tous les cultes, s'il faut
en croire un prospectus de l'éditeur Panckoucke lequel initialement
prévoyait d'intégrer l'ouvrage dans le cadre de son Encyclopédie
Méthodique (British Library, cote FR 7 R 144 (13)). Mais ce retard lui
aurait permis d'intégrer certains éléments et notamment le Frontispice
publié en 1791 par Delaulnaye [48] dans une Histoire
des Religions qui ne put être publiée intégralement. Selon la Revue
Maçonnique de Lyon (nov.-déc. 1845) [49] , il aurait "pris
furtivement puisqu'il n'en dit mot le frontispice de l'Histoire des
Religions de Delaulnaye et le reproduisit renversé à la tête de son
premier volume de son Origine des Cultes". On verra que le frontispice
publié par Dupuis ne fut pas simplement "renversé", mais redessiné.[50]
L'abbé Gaspard Leblond [51] semble avoir joué
un rôle clef dans la diffusion du Frontispice des religions. En effet,
outre le fait qu'il collabora avec Delaulnaye, il surveilla l'impression
de l'Origine des Cultes.[52] L'affaire du frontispice Delaulnaye sera un des premiers à proposer un tableau chronologique et à fixer une date pour l'Ère du Verseau comme le signale Alexandre Lenoir. Mais jusqu'ici, nous nous trouvons face à un simple découpage chronologique tout comme les constellations ne sont qu'une subdivision d'un espace cyclique. Robert Amadou a attiré l'attention sur un frontispice paru dans l'Origine de tous les cultes [53] et restitue le commentaire de celui-ci. Il ne signale pas toutefois l'ouvrage d'Alexandre Lenoir (1769-1839) [54] qui rend à Delaulnaye ce qui lui revient.[55]
Un frontispice représente cette succession des Ages. On en trouve deux
versions fort semblables de facture, l'une chez Dupuis, l'autre chez
Delaulnaye. Qui a copié sur qui ? En quoi les deux frontispices se
distinguent-ils et que nous enseignent ces variantes ? D'emblée, la
parenté entre les deux compositions est frappante. On y retrouve un grand
nombre de facteurs à peu près identiques mais placés autrement. On
étudiera successivement les deux commentaires puis l'on essayera de
déterminer qui de Delaulnaye ou de Dupuis a influencé l'autre en la
matière. Référence de la page :
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Le tarot se présente sous la
forme d'un jeu de 78 cartes. On distingue les arcanes majeurs qui sont
composés des 22 figures symboliques et les arcanes mineurs qui sont
composés de 56 cartes contenant les bâtons, les coupes, les deniers et les
épées. On peut aussi noter la carte du mat qui est sous comptée comme 22
ou comme 0 selon les écoles. | |
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LE SPIRITISME | |
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Le spiritisme est une doctrine
dont le chef de file est Allan Kardec, médium né à Lyon en France au 19ème
siècle. On prétend que ses ouvrages "le livre des médiums" et "le livre
des esprits" lui auraient été dictées par des esprits de défunts. Cette
doctrine explique quels rapports entretiennent les esprits avec le monde
des vivants. Il existerait plusieurs catégories d'esprits. Tous ne
seraients pas bons et se distingueraient notamment par leur degré
d'intelligence. Cette doctrine donne différentes méthodes pour communiquer
avec l'au delà et les esprits de défunts. |